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« Ils en sont capables ! » Pourquoi le conseil de coopération est pertinent

Une interview du Dr Christian Lamy

 

 

mateneen : Monsieur Lamy, comment en êtes-vous arrivé au conseil de coopération ? Qu’est-ce qui vous a convaincu de le mettre en place ?

Christian Lamy : D’une part, j’ai découvert le conseil de coopération lors de ma formation d’enseignant au Luxembourg. À l’époque, il y avait déjà des enseignant(e)s qui utilisaient cette méthode. D’autre part, j’ai beaucoup travaillé sur ce sujet lors des deux ans que j’ai passés au Québec, où j’ai obtenu un master à l’université. Lorsque j’ai commencé à enseigner à mon retour au Luxembourg, je me suis vite rendu compte que j’allais passer beaucoup de temps, d’une manière ou d’une autre, à discuter avec les élèves des conflits ou de l’ambiance de la classe. Je me suis donc demandé s’il fallait investir ce temps de manière concentrée et planifiée ou le laisser au hasard. Rapidement, j’ai pris conscience que le conseil de coopération allait faire partie intégrante de mon enseignement.

mateneen : Comment avez-vous mis en place le conseil de coopération ?

Christian Lamy : Pour moi, le conseil de coopération fait partie intégrante de la vie de la classe. Autrement dit, si la rentrée des classes a lieu le 15 septembre, le premier conseil de coopération peut se tenir dès le 16 septembre. Il peut être mis en place dans un but préventif : les élèves le considèrent alors comme quelque chose de naturel. Ils remarquent que c’est bien plus qu’un outil de gestion de crise et que c’est un endroit où ils peuvent se féliciter, présenter des excuses, faire des propositions et aussi résoudre des conflits. Il est également important que le conseil de coopération ait vraiment lieu une fois par semaine. Les élèves doivent pouvoir compter sur le fait que, par exemple, tous les vendredis à 15h, il y a conseil de coopération. Il devient ainsi un rituel fixe. S’ils ne savent pas s’il aura lieu ou non, ils perdent confiance dans le conseil de coopération, qui perd à son tour son impact.

mateneen : Les élèves du primaire peuvent-ils tenir un conseil de coopération ?

Christian Lamy : Oui, absolument ! La seule question, c’est de savoir de quel soutien ils ont besoin. Même si les enfants ont besoin de plus d’aide parce qu’ils sont plus jeunes, cela ne signifie pas que ce n’est pas possible. J’ai vu des conseils de coopération dans des classes de maternelle ou en crèche et ils étaient fantastiques. Ce que disent les enfants est souvent très impressionnant. Ils en sont capables !

mateneen : Quels conseils donneriez-vous aux enseignant(e)s pour réussir un conseil de coopération ?

Christian Lamy : Il y a bien deux ou trois choses : le conseil de coopération doit faire partie intégrante de l’enseignement et de la vie de la classe, il doit devenir un rituel. Il faut souvent faire preuve de patience avant que le conseil de coopération parvienne à élaborer une culture de discussion constructive. Il me semble également fondamental que ce soient avant tout les enfants qui aient la parole et que l’enseignant(e) essaie de fixer le moins de choses possible. Ensuite, il est important que le conseil de coopération soit court et pertinent. Il peut ne durer que dix minutes, mais il ne doit surtout pas s’étirer en longueur, car les élèves perdent alors l’envie et la concentration. Il ne doit pas être un comité d’organisation où la mise en œuvre des bonnes propositions est planifiée immédiatement dans les moindres détails. Le conseil de coopération ne doit pas non plus être un tribunal, car, et c’est très important, il doit toujours être orienté vers les solutions. Le consensus est important, bien plus important que le vote. Il ne faut pas voter trop tôt : il faut toujours essayer d’atteindre un consensus. Je crois fermement que le conseil de coopération ne peut produire tout son effet que si l’enseignant(e) prend aussi les enfants au sérieux le reste du temps, en dehors du conseil de coopération, et gère donc sa classe de manière participative et coopérative.





Dr. Christian Lamy

Dr. Christian Lamy est enseignant en primaire, pédagogue et actuel directeur adjoint du Service de Coordination de la Recherche et de l’innovation pédagogiques et technologiques - SCRIPT.

Auteur(s)

Dr. Christian Lamy (2019)

Titre:

« Ils en sont capables ! » Pourquoi le conseil de coopération est pertinent

Publié dans:

2 / 2019 - Le conseil de coopération, S. 14.

Mots-clés:
Citation:
Christian Lamy (2019) : « Ils en sont capables ! » Pourquoi le conseil de coopération est pertinent, dans: mateneen 2 / 2019 - Le conseil de coopération , p. 14. Disponible sur: https://doi.org/10.25353/ubtr-mafr-6e7d-2000